Sentir (verbe)


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

("Je sens, tu sens, il sent; nous sentons. Je sentais. Je sentis. Je ai. Que je sente. Que je sentisse. Sentant. Senti.") Recevoir quelque impression par le moyen des sens; éprouver en soi quelque chose d'agréable ou de pénible. "Sentir le chaud, le froid. L'approche de l'hiver commence à se faire . Sentir une chaleur douce. Sentez-vous dans cette" "sauce le goût de champignon? Je sentais battre mon coeur. Sentir la faim, la soif. Sentir une grande douleur de tête. Sentir une pesanteur dans le bras. Sentir des inquiétudes dans les jambes." Absolument, La faculté de .
Il se dit spécialement des Sensations l'odorat. "Sentir une odeur. J'ai senti une odeur de brûlé. Ce parfum est agréable à . Il est enrhumé, il ne sent rien."
SENTIR se dit également en parlant des Différentes impressions que l'âme éprouve. "Il a senti une grande joie de la nouvelle qu'il reçue. Il a senti un extrême chagrin du passe- droit qu'on lui a fait. Il sentait du plaisir à se sacrifier pour elle. Je sens pour lui une aversion insurmontable. Je sens le besoin d'être utile aux autres. Il n'a jamais senti aucun remords."
Il signifie encore Être ému, touché, affecté de quelque chose d'extérieur. "Il ne sent point les affronts. Il ne sent pas la perte qu'il a faite. Je sens toute l'horreur de votre situation."
"Sentir la poésie, la musique, etc.," En être ému, touché.
"Sentir quelque chose pour quelqu'un," L'aimer, être disposé à l'aimer. "Je ne sens rien pour elle. Ce que je sens pour lui ne saurait s'exprimer."
SENTIR signifie aussi Discerner, connaître directement, par intuition. "Je sens bien qu'on me trompe. Je ne me sentais pas la force de lui en dire davantage. Il sent tous ses torts. Je sens la difficulté de cette entreprise. Je sens tout le prix de ce que vous faites pour moi. Je me sens assez de courage pour l'attaquer. Je sentis renaître ma colère. Il a, je lui ferai ma colère, les effets de ma colère, de mon ressentiment, etc."
"Je le sentis venir de loin," Je connus, je pénétrai où il en voulait venir.
"Sentir de loin," Découvrir, prévoir les choses de loin.
SENTIR signifie aussi Flairer. "Sentir un rose. Sentir une tubéreuse."
Fig. et fam., "Je ne puis pas cet homme. là," J'ai pour lui beaucoup de répugnance, d'aversion.
SENTIR signifie aussi Exhaler, répandre une certaine odeur. "Cela sent le brûlé. Cela sent la fleur d'oranger. Sentir le renfermé."
Fig. et fam., "Cet ouvrage sent l'huile," Il paraît avoir coûté beaucoup de veilles, beaucoup de travail à son auteur.
Fig. et fam., "Cet homme sent le fagot," Il est soupçonné d'hérésie, d'impiété. On dit dans un sens analogue : "Cet écrit, ces vers sentent le fagot."
Fig. et fam., "Cela sent le sapin" se dit d'un Symptôme qui semble présager la mort. "Il a une mauvaise toux, cela sent le sapin."
Prov. et fig., "La caque sent toujours le hareng" se dit en parlant de Ceux qui, par quelque action ou par quelque parole, font voir qu'il reste en eux quelque chose de la bassesse de leur origine, de la vulgarité du milieu où ils se sont formés. "Ce parvenu joue l'homme de qualité, mais la caque sent toujours le hareng."
SENTIR s'emploie dans cette acception avec les mots "Bon, mauvais, fort, etc. Cela sent bon. Cette chose sent mauvais. Ce poisson sent fort."
Fig. et fam., "Cela ne sent pas bon" se dit d'une Affaire qui prend une mauvaise tournure, qui peut avoir des suites fâcheuses.
SENTIR s'emploie absolument et signifie Sentir mauvais. "Cette viande commence à ."
SENTIR se dit, dans un sens analogue, du Goût, de la saveur d'un aliment ou d'une boisson. "Cette soupe ne sent rien. Cette eau sent la terre. Cette carpe sent la vase. Ce vin sent la framboise, sent le fût, sent le terroir. Ce cidre sent le moisi."
Fig., "Cet homme sent le terroir," Il a le caractère qu'on attribue aux gens du pays d'où il est. "Sentir le terroir" se dit de même des Ouvrages de l'esprit, quand ils ont le caractère qu'on attribue au pays d'où l'auteur est, où il a vécu.
SENTIR signifie, au figuré, Avoir le caractère, les manières, l'air, l'apparence de. "Il sent le coquin d'une lieue. Cela sent son pédant. Cette proposition sent l'hérésie. Tout dans cette maison sent la richesse et le luxe. Tout sent ici la joie et le bonheur."
SE SENTIR signifie, au sens physique et au sens moral, Connaître, en quel état, en quelle disposition on est. "Je me sens bien, je ne suis pas si malade qu'on croit. Il se sent plus mal aujourd'hui. Il ne se sentait pas à son aise. Je me sens faible. Il ne se sentit pas mourir. Il est si engourdi qu'il ne se sent pas."
"Il ne se sent pas de froid. Je me sens tout autre depuis que j'ai pris ce parti."
"Il ne se sent pas de joie, il ne se sent pas d'aise," Il est si pénétré de sa joie qu'elle lui ôte tout autre sentiment.
"Se de quelque chose," Sentir, éprouver quelque chose. "Se de quelque mal, de quelque bien," En avoir quelque reste. "Il a eu une fièvre dont il se sent encore. Ce pays se sent encore de la guerre." Il vieillit. On dit aujourd'hui "Se ressentir."
Le SENTI s'emploie comme adjectif. "Cela est senti, cela est bien senti" se dit, en termes de Littérature et de Beaux-Arts, de Ce qui est rendu, exprimé avec vérité, avec sincérité. "Un discours bien senti."



Dictionnaire d'Emile Littré




 1   Recevoir une impression qui vient soit par l'extérieur du corps et par les sens, soit par l'intérieur et les parties profondes. Sentez-vous le goût de vinaigre dans cette sauce ? Sentir une grande douleur de tête. Sentir la faim, la soif.
PASC.: « Nous ne sentons ni l'extrême chaud, ni l'extrême froid »
MAINTENON: « Elle n'a point encore senti son enfant ; elle sera bientôt à quatre mois et demi »
BOILEAU: « La Mollesse oppressée Dans sa bouche à ce mot sent sa langue glacée »
RAC.: « Je sentis tout mon corps et transir et brûler »
RAC.: « J'ai senti tout à coup un homicide acier Que le traître en mon sein a plongé tout entier »
MARIV.: « La fée : Cher Arlequin, ces tendres chansons ne vous inspirent-elles rien ? que sentez-vous ? - Arlequin : Je sens un grand appétit »
J. J. ROUSS.: « Ai-je un sentiment propre de mon existence, ou ne la sens-je que par mes sensations ? voilà mon premier doute, qu'il m'est, quant à présent, impossible de résoudre »
    Fig.
BALZ.: « Cette main invisible, ce bras qui ne paraît pas, donnent les coups que le monde sent »
    Absolument.
BOSSUET: « Quoi ! le charme de est-il si fort que nous ne puissions rien prévoir ? »
LAMOTTE: « Si le bonheur des dieux est de voir, de connaître, Celui de l'homme est de »
DUMARS.: « Nous ne connaissons l'âme et ses propriétés que par le sentiment intérieur que nous en avons ; nous sentons, et même nous avons un sentiment réfléchi de nos sensations ; nous sentons que nous sentons »
CONDIL.: « La faculté de est la première de toutes les facultés de l'âme, elle est même la seule origine des autres, et l'être sentant ne fait que se transformer »
CONDIL.: « Concluons que, si les bêtes sentent, elles sentent comme nous ; pour combattre cette proposition, il faudrait pouvoir dire ce que c'est que autrement que nous ne sentons »
GENLIS: « Je ne pensais plus, mais je sentais encore, et je souffrais toujours »
    S. m. L'action de .
FÉN.: « Le ne dépend pas de nous, mais le vouloir en dépend »
    Terme de manége. Sentir son cheval, se rendre raison de tous ses mouvements et savoir en profiter.
    Sentir son cheval dans la main, le tenir de la main et des jarrets de manière qu'on en soit le maître.
    Sentir ne se dit point des simples perceptions de la vue et de l'ouïe. Cependant Corneille l'a employé au sens d'entendre, mais c'est un archaïsme.
CORN.: « C'était fait de ma vie, ils me traînaient à l'eau ; Mais, sentant du secours, ils ont craint pour leur peau »

 2   Particulièrement, percevoir par l'odorat. Sentir une odeur.
LA FONT.: « Que sens-tu ? dis-le moi : parle sans déguiser »
LA FONT.: « Il me sentait venir de cent pas à la ronde »
LA FONT.: « ....Je l'ai vue avant vous [l'huître], sur ma vie. - Eh bien ! vous l'avez vue, et moi je l'ai sentie »
BUFF.: « Si le petit reste en arrière, elle [la femelle du tapir] retourne de temps en temps sa trompe, dans laquelle est placé l'organe de l'odorat, pour s'il suit ou s'il est trop éloigné, et, dans ce cas, elle l'appelle et l'attend pour se mettre en marche »
    Fig. Sentir de loin quelqu'un, reconnaître quel il est.
SCARR.: « Je sens un poëte de demi-lieue loin »
    Sentir quelqu'un de loin, signifie pénétrer à l'avance ses intentions.
TH. CORN.: « Ce diable de beau-père a l'odorat subtil ; Il nous sent de bien loin »
    On dit de même : Je le sentis venir de loin.
    Fig. Sentir de loin, découvrir, prévoir les choses de loin.
    Flairer. Sentir une rose.
SÉV.: « Conservez bien vos sentiments, vos pensées, la droiture de votre esprit, repassez quelquefois sur tout cela, comme on sent de l'eau de la reine de Hongrie, quand on est dans le mauvais air »
    Fig. et familièrement. Je ne puis cet homme-là, j'ai pour lui beaucoup d'aversion.

 3   Il se dit des différentes affections que l'âme éprouve.
BOSSUET: « Je sentais tendrement ce déplaisir d'être haïe de Dieu, et je le sentais même, comme je crois, entièrement détaché des autres peines de l'enfer »
BOILEAU: « Sentiez-vous, dites-moi, ces violents transports Qui d'un esprit divin font mouvoir les ressorts ? »
RAC.: « Mais je m'étonne enfin que pour reconnaissance, Pour prix de tant d'amour, de tant de confiance, Vous ayez si longtemps, par des détours si bas, Feint un amour pour moi que vous ne sentiez pas »
RAC.: « Quel penchant, quel plaisir je sentais à les croire ! »
RAC.: « Tremblante comme vous, j'en sens quelques remords »
MASS.: « Je vous avoue que je sens déchirer mes entrailles, quand on vient m'annoncer que quelques malades dans une paroisse sont morts sans secours par la faute et la négligence du curé »
LAMOTTE: « Du soin que les curés doivent avoir pour les malades Tout ce que je sens, je l'exprime ; Ne sens-je rien, je finis »
VOLT.: « Je ne suis plus qu'un juge à son devoir fidèle, Et qui ne doit ni regrets ni courroux »
LAMART.: « Mais nous [les poëtes], pour embraser les âmes, Il faut brûler, il faut ravir Au ciel jaloux ses triples flammes ; Pour tout peindre, il faut tout »
    Absolument.
PIRON: « Or il faut, quelque loin qu'un talent puisse atteindre, Éprouver pour , et pour bien peindre »
VOLT.: « Ce sont les passions qui sont l'âme de la tragédie ; par conséquent un héros ne doit point prêcher, et doit peu raisonner ; il faut qu'il sente beaucoup et qu'il agisse »
J. J. ROUSS.: « Il ne jouit plus de rien ; le malheureux ne sent plus, il ne vit plus ; il est déjà mort »
    Sentir quelque chose pour quelqu'un, être disposé à l'aimer, ou l'aimer déjà.
TH. CORN.: « Cependant, quoique aimable et peut-être plus belle, Je la vois, je lui parle, et ne sens rien pour elle »
RAC.: « Hippolyte est sensible, et ne sent rien pour moi ! »

 4   Il se dit des impressions que l'âme reçoit de ce qui agit sur elle. Il ne sent point les affronts. Il sent vivement les services qu'il a reçus. Vous ne sentez pas votre bonheur. Il y a des choses qu'il ne faut que .
CORN.: « On n'a tous deux qu'un coeur qui sent mêmes traverses »
SÉV.: « C'est dommage de la perte de cet enfant [un enfant né à huit mois] ; je la sens, et j'ai besoin de vos réflexions chrétiennes pour m'en consoler »
BOSSUET: « Le prince se souvint de toutes les fautes qu'il avait commises ; et, trop faible pour expliquer avec force ce qu'il en sentait, il emprunta la voix de son confesseur pour en demander pardon au monde, à ses domestiques et à ses amis »
BOSSUET: « Très reconnaissante des services, elle aimait à prévenir les injures par sa bonté ; vive à les , facile à les pardonner »
BOSSUET: « Il me semblait la présence réelle de Jésus-Christ, comme on sent les choses visibles et dont on ne peut douter »
BOILEAU: « S'il [le poëte] ne sent pas du ciel l'influence secrète »
PERRAULT: « Il sent soudain frapper et son coeur et ses yeux Par l'objet le plus agréable.... »
FLÉCH.: « Elle [la Dauphine] a senti jusqu'où va la misère humaine, jusqu'où vont les miséricordes divines »
SAINT-SIMON: « Quoique Chamillart ne pût me raccommoder avec le roi, je ne sentis pas moins cette tentative »
VOLT.: « Illustres malheureux, que j'aime à voir vos coeurs Embrasser mes desseins, et mes fureurs ! »
VOLT.: « Mon père, en tous les temps, je sais que votre coeur Sentit tous mes chagrins, et voulut mon bonheur »
    Sentir de, avec un infinitif, éprouver un regret, une peine de.
SÉV.: « Je sens vivement de ne plus causer avec le chevalier [de Grignan] »
SÉV.: « Il [le chevalier de Grignan] a bien fait de choisir la demeure de Grignan pour être malade, plutôt que celle de Paris, où l'on sent encore plus de n'être pas comme les autres »

 5   Avoir l'appréciation délicate et instinctive de ce qui est beau dans une oeuvre, dans une personne, dans un auteur ou un artiste. Sentir la musique.
SÉV.: « Quand je ne vous nomme point Pauline [fille de Mme de Grignan], c'est une faute ; car elle est toujours vive sur votre sujet, et sent votre esprit et vos lettres d'une manière qui fait son éloge »
DIDER.: « Ou il est présenté à une troupe d'ignorants qui ne sont pas en état de le , ou il est senti par quelques envieux qui se taisent »
D. STERN: « On peut dire sans paradoxe que les Français ne sentent pas les arts, mais qu'ils les comprennent »

 6   S'apercevoir, connaître.
VAUGEL.: « Alexandre dit qu'on le faisait fils de Jupiter, mais qu'il sentait bien qu'il était fait comme les autres »
PASC.: « Rien n'est si insupportable à l'homme que d'être dans un plein repos, sans passion.... il sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son vide »
BOSSUET: « Toute l'armée était en joie, et jamais elle ne sentit qu'elle fût plus faible que celle des ennemis »
BOSSUET: « Elle vit le monde, elle en fut vue ; bientôt elle sentit qu'elle plaisait »
BOILEAU: « Je sens de jour en jour dépérir mon génie »
BOILEAU: « L'endroit que l'on sent faible et qu'on se veut cacher »
RAC.: « Britannicus le gêne [Néron], Albine, et chaque jour Je sens que je deviens importune à mon tour »
RAC.: « Un coeur noble ne peut soupçonner en autrui La bassesse et la malice Qu'il ne sent point en lui »
RAC.: « Bajazet, écoutez, je sens que je vous aime »
FÉN.: « Je sentais renaître mon courage au fond de mon coeur à mesure que ce sage ami me parlait »
FÉN.: « Les honnêtes gens veulent qu'on sente leur droiture »
HAMILT.: « Le chevalier sentait le dénoûment de l'aventure »
FONTEN.: « Le mouvement de l'amour-propre nous est si naturel, que le plus souvent nous ne le sentons pas, et que nous croyons agir par d'autres principes »
MONTESQ.: « La société nous apprend à les ridicules ; la retraite nous rend plus propres à les vices »
VOLT.: « Vous sentez sans doute ces vérités [des reproches que Voltaire adresse à Frédéric] »
VOLT.: « Colin sentit son néant et pleura »
MARMONTEL: « Malherbe, le premier, sentit quel heureux choix de mots pouvait donner aux vers français de la pompe et de l'harmonie »
GENLIS: « Vous paraissez trop votre tort, pour qu'il me soit possible de vous le reprocher »
    Vous sentez que, il vous est apparent, vous reconnaissez que.
VOLT.: « Vous sentez que ma fille au sortir de l'enfance Pourrait s'effaroucher de ce sévère accueil »
    On dit de même : On sent que.
ROLLIN: « On sent assez que je parle des Romains »

 7   Éprouver.
RAC.: « Tout notre sang doit-il votre colère ? »
RAC.: « Plus d'un monstre farouche Avait de votre bras senti la pesanteur »
VOLT.: « Ainsi mes ennemis ont mon courroux »
VOLT.: « Qui n'ose me venger a ma justice »

 8   Se quelque chose, en soi quelque chose. Je me suis senti des forces que je ne me connaissais pas.
MOL.: « Il n'est rien qui puisse arrêter l'impétuosité de mes désirs ; je me sens un coeur à aimer toute la terre »
J. J. ROUSS.: « Si jamais votre coeur affligé se sent besoin de ressources qu'il ne trouvera pas en lui-même »

 9   Faire , faire connaître, faire comprendre.
BOSSUET: « Les rois [d'Angleterre] ont trop fait aux peuples que l'ancienne religion se pouvait changer »
FÉN.: « Les bontés que vous m'avez fait me donnent le droit de me servir d'un nom si tendre »
FÉN.: « Je faisais même de temps en temps à Protésilas que je supportais son joug avec impatience »
MASS.: « Je ne me ferai pas toujours à votre coeur »
MARIVAUX: « Je ne suis qu'une suivante, et vous me le faites bien »
VOLT.: « Cette victoire d'Hollosin, en comblant Charles XII de gloire, pouvait lui faire tous les dangers qu'il allait courir en pénétrant dans des pays si éloignés »
BUFF.: « Comme je l'ai déjà fait , la nature n'a ni classes ni genres, elle ne comprend que des individus »
    Faire éprouver.
CORN.: « Avant que de frapper, elle [son entreprise] lui fit [à Brutus, meurtrier de César] Plus d'un remords en l'âme et plus d'un repentir »
BOSSUET: « Après avoir fait aux ennemis durant tant d'années l'invincible puissance du roi »
BOSSUET: « Tant que la reine d'Angleterre a été heureuse, elle a fait son pouvoir au monde par des bontés infinies »
RAC.: « Ce n'est point au bout de l'univers Que Rome fait tout le poids de ses fers »
FÉN.: « La colère des dieux se ferait aux Phrygiens par une cruelle peste »
VOLT.: « Il fit à tout le monde le pouvoir sacré des lois, et ne fit à personne le poids de sa dignité »
    Marquer dans le discours, accentuer. Il fallait faire cela davantage.
    Se faire , imprimer sa marque.
MARMONTEL: « La physique est à la poésie ce que l'anatomie est à la peinture : elle ne doit pas s'y faire trop ; mais, revêtue des grâces de la fiction, elle y joint le charme de la vérité »

 10   Exhaler, répandre une odeur. Cela sent la fleur d'orange.
SÉV.: « J'aime nos Bretons, ils sentent un peu le vin ; mais votre fleur d'orange ne cache pas de si bons coeurs »
ROLLIN: « Vespasien.... ôtant le brevet d'une charge à un jeune homme qui était venu tout parfumé pour l'en remercier, et ajoutant : j'aimerais mieux que vous sentissiez l'ail »
BEAUMARCH.: « D'honneur, il sent la fièvre d'une lieue »
    Fig. Cet ouvrage sent l'huile, sent la lampe, il paraît avoir coûté beaucoup de veilles, beaucoup de travail à son auteur.
    Fig. Cette chanson sent le corps de garde, elle est libre ou grossière.
    Fig. Cette action sent le gibet, la roue, la hart, les coups de bâton, celui qui l'a commise mérite d'être pendu, roué, bâtonné.
MOL.: « Savez-vous, mes drôles, Que cette chanson Sent sur vos épaules Les coups de bâton ? »
    Fig. Sentir le fagot, voy. FAGOT.
    Fig. Sentir le sapin, voy. SAPIN.
    Sentir la Brinvilliers, avoir l'air aussi malade que si on avait été empoisonné par la Brinvilliers (phrase de Mme de Sévigné au moment où l'on s'entretenait des crimes de cette célèbre empoisonneuse, et qui est oubliée avec cet événement).
SÉV.: « Le prince [chevalier de Lorraine] est d'une maigreur et d'une langueur qui sent la Brinvilliers »
    Il s'emploie souvent comme neutre. Cela sent bon, sent mauvais.
SÉV.: « D'où vient cette puanteur qui confond tous les parfums ? c'est sans doute que l'incrédulité et l'ingratitude sentent mauvais comme les vertus sentent bon »
    Sentir comme baume, avoir une très agréable odeur.
    Fig.
REGNARD: « Nous ne vous donnons pas de ces effets véreux [effets de commerce] ; Cela sent comme baume »
    Absolument. Sentir se dit pour mauvais. Cette viande commence à .
LA FONT.: « C'est, dit-il, un cadavre, ôtons-nous, car il sent »
    Impersonnellement. Il sent bon dans cette chambre. Il sent le brûlé dans la cuisine. Il sent mauvais.
    Fig. et impersonnellement.
MOL.: « Ouais, je ne sais d'où cela vient ; mais il sent ici l'amour »
MOL.: « Que regardes-tu là ? - C'est qu'il sent le bâton du côté que voilà »
    Fig. et familièrement. Cela ne sent pas bon, l'affaire prend une mauvaise tournure, elle peut avoir des suites fâcheuses.

 12   Avoir telle ou telle saveur. Cette soupe ne sent rien. Ce vin sent le fût, sent le terroir, sent un goût. Ce cidre sent le pourri.
    Fig. et familièrement. Sentir le terroir, se dit d'un homme qui a les défauts des gens de son pays, ou d'un ouvrage dans lequel se trouvent des défauts qui tiennent à des habitudes de localité.
LAMOTTE: « Ragotin, chien picard et sentant le terroir Fig. Avoir les qualités, l'air, l'apparence de, indiquer, dénoter. »
CORN.: « Cela ait trop sa fin de comédie »
CORN.: « Je ne hais point la vie et j'en aime l'usage, Mais sans attachement qui sente l'esclavage »
PELLISSON: « Elles [les lettres patentes de l'Académie française] sont conçues en termes fort purs et fort élégants, qui, sans s'écarter des clauses et des façons de parler ordinaires de la chancellerie, sentent néanmoins la politesse de l'Académie et de la cour »
PELLISSON: « Je me dispenserai seulement de suivre toujours et pas à pas l'ordre des dates, qui ait un peu trop le journal, et m'obligerait à revenir trop souvent sur les mêmes choses »
LA FONT.: « Un vieux renard, mais des plus fins, Sentant son renard d'une lieue »
LA FONT.: « Quatre siéges boiteux [chez une devineresse], un manche de balai, Tout sentait son sabbat et sa métamorphose »
LA FONT.: « Cybèle est vieille, Junon de mauvaise humeur ; Cérès sent sa divinité de province, et n'a nullement l'air de cour »
MOL.: « Cela sent son vieillard, qui, pour en faire accroire, Cache ses cheveux blancs d'une perruque noire »
MOL.: « Vous êtes orfévre, monsieur Josse, et votre conseil sent son homme qui a envie de se défaire de sa marchandise »
MOL.: « La ballade, à mon goût, est une chose fade ; Ce n'en est plus la mode, elle sent son vieux temps »
SÉV.: « Je trouve que le château de Grignan est parfaitement beau, il sent bien les anciens Adhémars »
SÉV.: « J'espère que ceux qui sont à Paris vous auront mandé des nouvelles ; je n'en sais aucune, comme vous voyez ; ma lettre sent la solitude de notre forêt »
BOURSAULT: « Persuadé que rien ne sentait plus le grand seigneur »
FÉN.: « Les Locriens, venus de la Grèce, sentent encore leur origine, et sont plus humains que les autres »
HAMILT.: « Voici qui sent bien le roman »
HAMILT.: « Ils [les Anglais] ont un penchant pour ce qui sent le gladiateur »
ROLLIN: « Pollion, d'un goût raffiné et difficile, prétendait découvrir, dans le style de Tite-Live, de la patavinité, c'est-à-dire apparemment quelques termes ou quelques tours qui sentaient la province »
SAINT-SIMON: « Barbezieux, avec tous ses grands airs, sentait plus l'intendant que le général d'armée »
VOLT.: « Ramener tout à l'amour de Dieu sent peut-être moins l'amour de Dieu que la haine que tout janséniste a pour son prochain moliniste »
VOLT.: « De tous ceux qui ont un peu vécu avec M. le cardinal de Polignac, il n'y a personne qui ne lui ait entendu dire que Newton était péripatéticien, et que ses rayons calorifiques et surtout son attraction sentaient beaucoup l'athéisme »
VOLT.: « Il [le roi de Prusse] vous a envoyé sans doute le petit ouvrage qu'il a composé en dernier lieu dans le goût de Marc-Aurèle, pendant qu'il avait la goutte ; cela sent encore plus son Frédéric que son Marc-Aurèle »
BEAUMARCH.: « Qui est-ce qui dit mon père, à la cour ? Monsieur, appelez-moi monsieur ! vous sentez l'homme du commun ! »
    Cet homme, ce valet sent le vieux battu, sent son vieux battu, locution vieillie qui signifie : il est devenu insolent, négligent, parce qu'il y a longtemps qu'il n'a été châtié.
    Sentir son bien, avoir de bonnes manières, être de bon ton (locution vieillie, qu'en 1690 Caillières déclarait du dernier bourgeois).
PELLISSON: « Une raillerie noble et galante qui sent son bien et sa personne de condition »
BOISSY: « Vous savez vivre, vous sentez votre bien, et vous avez l'air français »
GEDOYN: « La raillerie de Cicéron a je ne sais quoi d'honnête et qui sent son bien »

 13   Terme de marine. Sentir le fond, se dit d'un bâtiment qui est mouillé sur un fond presque égal à son tirant d'eau.
    Un navire sent bien sa barre [du gouvernail], lorsqu'il obéit vivement à ses mouvements.

 14   Se , v. réfl. Être senti, faire éprouver une sensation.
DESC.: « Les marbres et les métaux se sentent plus froids que le bois »

 15   Être l'objet d'un sentiment.
PASC.: « Les principes se sentent, les propositions se concluent, et le tout avec certitude, quoique par différentes voies »

 16   Connaître, apercevoir en quel état, en quelle disposition l'on est. Il ne se sentit pas mourir.
RETZ: « Il n'est pas étrange que les hommes ne se connaissent pas ; il y a des temps mêmes où l'on peut dire qu'ils ne se sentent point »
BOSSUET: « Ô paroles qu'on voyait sortir de l'abondance d'un coeur qui se sent au-dessus de tout ! »
BOSSUET: « Madame savait estimer les uns sans fâcher les autres ; et, quoique le mérite fût distingué, la faiblesse ne se sentait pas dédaignée »
BOSSUET: « Au moment où j'ouvre la bouche pour célébrer la gloire immortelle du prince de Condé, je me sens également confondu par la grandeur du sujet.... »
BOILEAU: « L'esprit ne se sent point plus vivement frappé Que lorsqu'en un sujet.... »
RAC.: « Jamais je ne me suis senti plus amoureux »
MARIV.: « Il y a de la douceur à se vertueux »
CONDIL.: « Réduite au sentiment fondamental, elle [la statue] se a comme dans un point, s'il est uniforme ; et, s'il est varié, elle se a seulement de plusieurs manières à la fois »
    Je ne me sens pas bien, je ne me sens pas à mon aise, j'éprouve quelque indisposition.
    Absolument. Se , se bien , avoir conscience des forces qu'on a, du mérite qu'on possède, de ce qu'on est en droit d'exiger.
MOL.: « Petit serpent que j'ai réchauffé dans mon sein, Et qui, dès qu'il se sent, par une humeur ingrate Cherche à faire du mal à celui qui le flatte ! »
BOSSUET: « Il faut se , et prendre sur soi certaines choses décisives où l'on ne peut vous conseiller que faiblement »
BOSSUET: « Les ligues et les guerres, au commencement détestées, aussitôt que les protestants se ent, devinrent permises »
ROLLIN: « Un écrit signé de la main de Persée, qui attestait tout ce qui vient d'être dit, et qu'elle devait remettre entre les mains de lui, Philippe, lorsqu'il serait en âge de se »
J. J. ROUSS.: « Elle a le noble orgueil du mérite qui se sent, qui s'estime, et qui veut être honoré comme il s'honore »
    Se , res les premières impressions de la puberté.
SAINT-SIMON: « Dans les premiers temps où M. le comte de Toulouse commença à être hors de page et à se , elle [Mme d'O] lui plut fort par ses facilités »

 17   Ne pas se , être hors de soi par colère, joie, etc.
LA FONT.: « À ces mots le corbeau ne se sent pas de joie »
MOL.: « Je suis dans une colère que je ne me sens pas »
MOL.: « Je ne me sens pas, je l'avoue ; je jette des larmes de joie ; tous mes voeux sont satisfaits »

 18   Se , suivi d'un verbe actif qui prend le sens passif.
CORN.: « Par d'inquiétants transports me sentant émouvoir »
QUINAULT: « Ah ! je me sens saisir d'horreur »
QUINAULT: « Mon coeur tremble, soupire et se sent déchirer »
RAC.: « De ses bras innocents je me sentis presser »
VOLT.: « De ce discours, ô ciel ! que je me sens confondre ! »
    Se , se dit aussi avec le participe passif : se ému. Mais cela rentre alors dans le cas du n° 16.

 19   Se de, éprouver, ressentir. Il commence à se de la goutte, des incommodités de la vieillesse.
SÉV.: « Je suis ravie que vous vous sentiez aussi quelquefois de la faiblesse humaine »
    Éprouver quelque mal, quelque dommage. Il se a longtemps de cette blessure. Il se sent de s'être exposé au froid, à l'humidité.
MAIR.: « Comme nous eûmes part à vos prospérités, Il nous faut bien de vos adversités »
SÉV.: « Il faut que les affaires de M*** se sentent du temps, comme celles de tout le monde »
LA BRUY.: « Quand il considère qu'il laisse, en mourant, un monde qui ne se sent pas de sa perte, et où tant de gens se trouvent pour le remplacer »
J. J. ROUSS.: « Son éducation se sentit de cette négligence »
    En un sens contraire, recevoir quelque bien, quelque avantage.
     Dict. de l'Acad.: On a donné tant pour les domestiques ; il faut le distribuer entre tous, afin que chacun s'en sente
SÉV.: « Cette marquise a des soins de M. de la Garde, dont vous vous ez »
BOSSUET: « Le jeune prince se a éternellement d'avoir été cultivé par de telles mains »
FONTEN.: « Les ignorants même d'un siècle savant se sentent un peu de la science de leur siècle »
MASS.: « Le monde entier se sent de leurs vertus ou de leurs vices [les grands] : ils sont, si j'ose le dire, citoyens de l'univers »
    Porter la marque de, la trace de.
LA FONT.: « De son orgueil ses habits se sentaient »
SÉV.: « Mon Dieu, ma chère enfant, que mon loisir est dangereux pour vous ! je crains qu'il ne vous fasse mal, il se sent de la tristesse de mes rêveries »
BOILEAU: « Le vers se sent toujours des bassesses du coeur »
BOILEAU: « Heureux si ses discours [de Régnier], craints du chaste lecteur, Ne se sentaient des lieux où fréquentait l'auteur ! »
MASS.: « Vos repas se sentent-ils de la frugalité de ce temps de pénitence ? »
VOLT.: « Un autre ouvrage [la Chronologie réformée] plus à la portée du genre humain [que les Principes], mais qui se sent toujours de cet esprit créateur que M. Newton portait dans toutes ses recherches »

PROVERBE La caque sent toujours le hareng, voy. CAQUE.

REMARQUE
    Au présent, 1re personne du singulier, dans l'interrogation, on dit : sens-je, qui se trouve dans quelques auteurs, ou est-ce que je sens. Senté-je est un grossier barbarisme.

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. CXLIV: Oliviers sent que à mort est ferut
    XIIème siècle
CRESTIEN DE TROIES: « Or est amors tornée à fable, Por ce que cil qui rien n'en santent, Dient qu'il aiment, mais il mantent ; Et cil fable et mançonge en font, Qui s'an vantent et droit n'i ont »
     Couci, XIII: [La prison] Qu'ele me fait assaier et
    XIIIème siècle
DAME DE FAÏEL: « Adonc m'est vis que jel sente [le vent] Par desous mon mantau gris »
HUES DE LA FERTÉ: « Tel chose [le comte Thibaut] a faite en sa vie, Dont [il] deüst estre apelés [en champ clos] ; Il ne se deffendist mie, Car il se sent encoupé [inculpé, criminel] »
EUST. LE PEINTRE: « Cil qui chantent de flor ne de verdure, Ne sentent pas la douleur que je sent »
     Berte, XLVII: Berte pleure du froit et du mal qu'ele sent
     ib. XLVII: Quant Berte sent le feu, à Dieu graces en rent
     ib. LXXXIX: Du duel [deuil] que ele en ot, jusqu'au cuer [elle] s'en senti
     Ren. 4929: Cil qui savoit assez de guile [tromperie], Qui ne volt pas estre veüz, Par ces haies, par ces seüz [saules] S'en va le pas, sentant le vent
     Lai de l'ombre: Il lui fist en tans et en lieu Sentir son pooir et sa force
     St-Graal, V. 1686: Qu'est-ce qui si m'a alegié De toute ma grant maladie, De mes doleurs ? ne les sent mie
    XIVème siècle
H. DE MONDEVILLE: « L'utilité de la creation des ners ou [au] cors est que tous les membres sentent et aient mouvement par euls »
ORESME: « La chose qui sent et la chose sensible ou qui est sentue »
DU CANGE: « Icelluy exposant dist audit Creton qu'il sentist audit bailly pour combien il donroit son office de bailli »
DU CANGE: « Laquelle Marguerite estoit grosse d'enfant sentant, dès six sepmaines avoit »
    XVème siècle
FROISS: « Quand le jeune roi se sentit defié [par Robert Bruce] »
FROISS: « Il avoit intention de chevaucher contre les Anglois, qu'il sentoit moult efforciement en Cambresis »
FROISS: « Par quoi si ceux [gardes et écoutes] sentissent ni ouïssent rien, ils le signifiassent en l'ost »
CH. D'ORL.: « Si j'ay mon temps mal despendu, Fait l'ay par conseil de folie ; Je m'en sens et m'en suis sentu Ez derreniers jours de ma vie »
COMM.: « Tantost après que le comte de Warwyc.... sentit ces nouvelles, il se hasta.... »
COMM.: « Ses bienfaitz n'estoient point fort grans, pource qu'il vouloit que chascun s'en sentist »
    XVIème siècle
CALV.: « Ce ne sont pas tant remedes pour adoucir le mal, que venins arrousez de miel, afin de n'offenser point trop par leur rudesse le premier goust, ains tromper et entrer aux parties cordiales avant qu'estre sentuz »
CALV.: « ....Qu'il nous falloit humblement de nous devant Dieu, et avoir neantmoins nostre justice en quelque estime »
RAB.: « Vostre halaine me sent le vin. - La tienne me sent la fiebvre »
MONT.: « Mon languaige françois est alteré, et en la prononciation et ailleurs, par la barbarie de mon creu ; je ne veis jamais homme des contrées de deça qui ne sentist bien evidemment son ramage, et qui ne bleceast les aureilles pures françoises »
MONT.: « Se incapable de.... »
MONT.: « Nous sentons nostre corps agité »
MONT.: « L'entreprinse se sent de la qualité de la chose qu'elle regarde »
MONT.: « Livia sa femme le sentant [Auguste] en ces angoisses »
MONT.: « Invention qui ne sent aulcunement la barbarie »
MONT.: « Je hais à mort de au flatteur »
MONT.: « La plus exquise senteur d'une femme, c'est ne à rien.... c'est puer que de bon »
MONT.: « Democrites, ayant mangé des figues qui sentoient le miel.... »
MONT.: « J'estime que les anciens avoient encore plus à se plaindre de ceulx qui apparioient Plaute à Terence (cettuy cy sent bien mieulx son gentilhomme) que Lucrece à Virgile »
LA BOÉTIE: « Elle nous faisoit tous les plaisirs du monde à nous festoyer »
DESPÉR.: « .... Que, de tous les actes de recreation, il n'y en avoit point qui sentist moins son homme que la danse »
AMYOT: « Il commencea à user d'une franchise de parler qui sentoit plus son accusateur que sa libre defense »
AMYOT: « Ilz se saisirent de la place, avant que ceux de la ville en sentissent rien »
AMYOT: « C'estoit un païs bossu et malaisé pour gens de cheval, en quoy il se sentoit le plus foible »
RONS.: « Adieu ma lyre, adieu fillettes, Jadis mes douces amourettes, Adieu, je sens venir ma fin »
PASQUIER: « Ces ouvrages sentent à l'huile et à la lampe [façons de parler gasconnes, reprochées à Montaigne] »

ÉTYMOLOGIE
    Provenç. et espagn. ; ital. e ; du lat. e ; comparez l'allem. sinnen. Le participe senti se conforme à la 4e conjugaison, tandis qu'en latin il perd ce caractère (sensus).


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


("Je sens, tu sens, il sent; nous sentons, etc. Je sentais. Je sentis. Je ai. Que je sente. Etc.")Recevoir quelque impression par le moyen des sens; éprouver en soi quelque chose d'agréable ou de pénible. "Sentir le chaud, le froid. Le froid se fait . Sentir un frais agréable. Sentir une chaleur douce. Sentez-vous la fraîcheur de ce marbre? Sentir une odeur agréable. Sentez-vous dans cette sauce le goût de champignon? Je sentais battre mon coeur. Quand on est bien las, on sent un grand plaisir à se reposer. Sentir la faim, la soif. Sentir une grande douleur de tête. Sentir une pesanteur dans le bras. Sentir des inquiétudes dans les jambes." Il ne se dit point Des simples perceptions de la vue et de l'ouïe.
Il s'emploie aussi absolument. "La faculté de ."



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit également en parlant Des différentes affections que l'âme éprouve. "Il a senti une grande joie de la nouvelle qu'il a reçue. Il a senti une grande affliction de la mort de son fils. Il a senti un grand déplaisir du passe-droit qu'on lui a fait. Il sentait du plaisir à se sacrifier pour elle. Je sens pour lui une aversion insurmontable. Je sens le besoin d'être utile aux autres. Il n'a jamais senti aucun remords. Son coeur ne sent rien encore."
Il signifie de même, Être ému, touché, affecté de quelque chose d'extérieur. "Il sent comme il doit le bien qu'on lui fait. C'est un homme qui sent les moindres plaisirs qu'on lui fait. Il ne sent point les affronts. Il ne sent point la perte qu'il a faite. Je sens toute l'horreur de votre situation. Vous ne sentez pas votre bonheur. Il sent les douceurs de l'amitié, les charmes de la retraite. On raisonne mal sur les choses qu'il ne faut que ."
"Sentir quelque chose pour quelqu'un," L'aimer, être disposé à l'aimer. "Je ne sens rien pour elle. Elle ne sent rien pour lui. Il est quelquefois dangereux de laisser voir aux enfants tout ce qu'on sent pour eux. Ce que je sens pour lui ne saurait s'exprimer."



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Flairer. "Sentir une rose. Sentir une tubéreuse. Quand il sent des parfums, il se trouve mal. Il est enrhumé, il ne sent rien."
Fig. et fam., "Je ne puis pas cet homme-là," J'ai pour lui beaucoup de répugnance, d'aversion. On dit mieux, "Je ne puis souffrir cet homme-là."



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Exhaler, répandre une certaine odeur. "Cela sent le brûlé. Cela sent la fleur d'orange. Sentir le renfermé. Sentir le relent. Sentir la rose, le serpolet, le sauvagin." Dans cette acception, on l'emploie souvent comme neutre. "Cela sent bon, sent mauvais. Cela sent trop fort. Cela ne sent rien."
Il se dit quelquefois absolument, et signifie alors, Sentir mauvais. "Fi! que cela sent! Son haleine sent. Ses pieds sentent. Cette viande commence à ." On dit de même, "Sentir des pieds, des aisselles, de la bouche."
Impersonnellem., "Il sent bon, il sent mauvais, il sent le brûlé dans cette chambre," Il y a ici une bonne, une mauvaise odeur, une odeur de brûlé.



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit, dans un sens analogue, Du goût, de la saveur d'un aliment ou d'une boisson. "Cette soupe ne sent rien. Cette eau sent la terre. Cette carpe sent la bourbe. Ce vin sent la framboise, sent le fût, sent le terroir, sent un goût. Ce cidre sent le pourri."
Fig. et fam., "Cela ne sent pas bon," se dit D'une affaire qui prend une mauvaise tournure, qui peut avoir des suites fâcheuses.
Fig., "Cet homme sent le terroir," Il a les défauts qu'on attribue aux gens du pays d'où il est. "Sentir le terroir," se dit de même Des ouvrages d'esprit, quand ils ont des défauts qu'on peut attribuer aux habitudes du pays où l'auteur a vécu.
Fig. et fam., "Cette chanson sent le corps de garde," se dit D'une chanson libre ou grossière.
Fig. et fam., "Cette action sent le gibet, la roue, la hart, les coups de bâton," Celui qui l'a commise court risque d'être pendu, roué, bâtonné.
Fig., "Cet ouvrage sent l'huile, sent la lampe," Il paraît avoir coûté beaucoup de veilles, beaucoup de travail à son auteur.
Prov. et fig., "Cet homme sent le fagot," Il est soupçonné d'hérésie, d'impiété. On dit, dans un sens analogue, "Cet écrit, ces vers sentent, sentent bien le fagot."
Prov. et fig., "Cet homme sent le sapin," Il est malsain, infirme, et il a la mine de mourir bientôt. On dit aussi, "La toux de cet homme, sa phthisie, son asthme sent le sapin."
Prov. et fig., "La caque sent toujours le hareng," se dit en parlant De ceux qui, par quelque action ou par quelque parole, font voir qu'ils retiennent encore quelque chose de la bassesse de leur origine, ou des mauvaises impressions qu'ils ont reçues. "Ce parvenu joue l'homme de qualité, mais la caque sent toujours le hareng. Il était hérétique, il s'est converti par intérêt; mais la caque sent toujours le hareng."



6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie figurément, Avoir les qualités, les manières, l'air, l'apparence de. "Il sent l'enfant de bonne maison. Il sent son enfant de bonne maison. Il sent l'homme de qualité, son homme de qualité. Cette action-là ne sent point l'honnête homme, son honnête homme. Cette proposition sent l'hérésie. Tout dans cette maison sent la richesse et le luxe. Tout sent ici la joie et le bonheur."
"Cet homme, cette femme sent son bien," Ils ont les manières de gens bien nés, bien élevés. Cette phrase a vieilli.
Prov., "Cet homme, ce valet sent le vieux battu, sent son vieux battu," Il est devenu insolent, négligent, parce qu'il n'a pas été châtié depuis longtemps. Cette phrase a vieilli.



7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie quelquefois, S'apercevoir, connaître. "Je sens bien qu'on me trompe. Je sentais bien qu'on n'y allait pas de bonne foi. Il sentait bien qu'on ne le craignait plus. On sent dans ces vers quelque chose de dur, de négligé. Il sent son ignorance. Il sent bien ses forces. Il sent sa force. Je ne me sentais pas la force de lui en dire davantage. Il sent tous ses torts. Je sens toute la difficulté de cette entreprise. Je sens le prix de ce que vous faites pour moi. Il a senti tout le néant des grandeurs. Je me sens assez de courage pour l'attaquer. Je sentis renaître ma colère. Il a, je lui ferai ma colère, les effets de ma colère, de mon ressentiment, etc."
"Je le sentis venir de loin," Je connus, je pénétrai où il en voulait venir.
"Sentir de loin," Découvrir, prévoir les choses de loin.



8ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



avec le pronom personnel, signifie, au sens physique et au sens moral, Connaître, en quel état, en quelle disposition on est. "Je me sens bien, je ne suis pas si malade qu'on croit. Je me sens faible. Je me sens trop faible pour cela. Il ne se sentit pas mourir. Il est si engourdi, qu'il ne se sent pas. Il ne se sent pas de froid. Je me sens tout autre depuis que j'ai pris ce parti. Je ne me sens pas fait pour servir, pour être esclave. Je me sens tout soulagé, tout consolé."
"Il ne se sent pas de joie, il ne se sent pas d'aise," Il est si pénétré, si occupé de sa joie, qu'elle lui ôte tout autre sentiment. On dit de même, "Il est si ravi, il a tant de joie, qu'il ne se sent pas."
"Se , se bien ," Connaître bien les qualités, les forces, les ressources qu'on a, ou ce que l'on a droit d'exiger à raison de son rang, de son mérite. "Il se sentait bien, quand il a entrepris une affaire si difficile. On a voulu le décourager; mais il se sent, et il persévère. Cet homme se sent, il ne souffrira pas qu'on manque à ce qu'on lui doit."
"Ce jeune homme, cette jeune fille commence à se ," Commence à éprouver les premières impressions de la puberté.
"Se de quelque chose," Sentir, éprouver quelque chose. "Depuis quand commence-t-il à se de la goutte? Il ne se sent point des incommodités de la vieillesse."
"Se de quelque mal, de quelque bien," En avoir quelque reste. "Il a eu une fièvre quarte dont il se sent encore. Il fit une grande chute, il s'en a toujours. Il se a longtemps de cette blessure. Il a fait une grande perte au jeu, il s'en a longtemps. Ce pays se sent encore de la guerre. Le père a fait de grandes imprudences, les enfants s'en sentent encore. Quoiqu'il habite depuis long-temps Paris, il se sent toujours de la province. Il se sent d'avoir bu, d'avoir trop couru." Il signifie aussi, Avoir part au bien ou au mal. "S'il y a du bien ou du mal, il s'en a. On a donné tant pour les domestiques; il faut le distribuer entre tous, afin que chacun s'en sente."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Verbe 

["Santir:" 1re lon.] Je "sens", nous "sentons", je "sentois", ou "sentais", je "sentis", j'"ai senti;" je "sentirai"; je "sentirois" ou "sentirais"; "sens;" que je "sente:" je "sentisse", "sentant", "senti".
- 1°. Au "propre", c'est res quelque impression par le moyen des sens. '"Sentir" du froid, "un" frais agréable; "une" chaleur douce; "un" grand plaisir, "une" grande douleur, "etc." 'À~ parler en général, la Religion doit "être" moins raisonée que "sentie". L'Ab. "du-Serre-Figon".
- Remarquez le passif "être senti". C'est un néologisme, qui est à la mode. 'La cause du rire est une des choses plus "senties" que conues. "Volt." = Flairer. '"Sentir une" rôse, "une" tubereûse. = Répandre une certaine odeur: "sentir" bon "ou" mauvais. Cela "sent" le brûlé, "le" relent. = "V. n." 'Cela "sent" trop fort, désagréablement, "etc." = "V. impers." '"Il sent" bon: "il sent" mauvais":" "il sent" le brûlé, "etc." 'Cette négligence même (dans le style), est une sorte d'ornement: comme on dit, que les femmes "sentent bon", quand elles "ne sentent rien". Let. de Cic. à Atticus. "Mongault".
   Il me parait qu'il "sent" assez "son bien".
       VOLT.
= Il se dit quelquefois du goût, de la saveur. 'cette eau "sent la" terre; ce vin "sent le" fût, "le" toneau, "le" terroir. 'Cette soupe "ne sent rient", n'a point de goût. = 2°. Il a des significations três-élégantes au "figuré": il signifie, "goûter": la grandeur a besoin d'être quitée pour "être sentie".
- "Conaître", "remarquer": 'Il y a des gens, qui ne peuvent " les" charmes des vers les plus nobles et les plus touchans.
- "Apercevoir": "juger": il exagère tant ses ennuis et son déplaisir, que l'on "sent que" tout cela "est" faux.
- "Marquer", "désigner": 'il n'avait rien, qui ne fût noble et qui ne "sentit la" grandeur.
- "Ressembler à:" toutes ses manières "sentent le" pédant.
- "Avoir l'air de": 'Ce Gentilhomme "sent son bien", c. à. d. il a l'air d'un homme comme il faut. Il "sent l'homme", ou "son homme de qualité". 'Ce jeune homme "sent l'enfant de bone maison". = "Inculquer:" 'Il falait "faire " cela davantage.
- 3°. "Sentir" se met quelquefois pour "ressentir": 'elle était vive à " les" injures et facile à les pardoner. "Bouh." 'Il ne "se sent" point "des" incomodités de la vieillesse: il a eu la fièvre quarte; il "s'en sent" encôre. Voy. RESSENTIR.
- 4°. "Se ", sans régime; conaitre, en quel état l'on est. 'Je "me sens" bien, je ne suis pas aussi malade qu'on le croit. 'Il est si aise, qu'il "ne se sent pas". = Conaitre ses ressources, ses talens, ce qu'on doit à son rang, à son mérite. 'Cet homme "se sent"; peut-être un peu trop. = "Ne se pas de joie"; être si pénétré de joie qu'elle nous ôte tout sentiment.
- 5°. "Sentir", neutre sans régime.
   ...Il faut, quelque loin qu'un talent puisse ateindre,
   Éprouver pour "sentir", et "sentir" pour bien feindre.
       PIRON, Métrom.
  Plus je "sens" vivement, plus je "sens" que je suis, que j'existe, dit La Chaussée.
   "Rem." "Sentir" régit quelquefois l' infinitif sans préposition: 'Je "sentois renaître" mon courage au fond de mon coeur. "Télém." 'Il "sent trembler" sa main, tandis qu'il détache le casque. "Jér. Dél." Mais cet infinitif ne fait pas si bien lorsque le verbe se raporte au sujet de la phrâse. '"Sentant" ne "pouvoir" exécuter son projet. "Anon." Dites, "sentant qu'"il ne "pouvait", etc. = "Sentir", régissant un nom à l'acusatif, régit quelquefois la prép. à devant l' infinitif. 'On "sent un" secret orgueil "à honorer" ceux qu'on a vaincus. "Thomas". = "Se ", sans régime, n'est que du style familier. 'Dès que les Protestans "se ent", dit "Bossuet" (c. à. d. ent leurs forces) les ligues et les guerres devinrent permises. On n'emploirait pas aujourd'hui cette expression dans le bon style. = * "Sentir" fournit à plusieurs gasconismes: " mal", pour, mauvais; " gré", pour, savoir gré; je ne puis "me " dans cette maison, pour dire, je m'y déplais; je ne puis "sentir" cet homme, c. à. d. le voir, le soufrir. = "Senti" participe, employé adjectivement, est une locution à la mode. 'L'estime "sentie", que j'ai pour ses talens. L'Ab. "de Fontenai". Cela parait encôre un peu précieux et afecté.




Emplacement dans le dictionnaire :

senti
sentier
sentiment
sentimental
sentimentalement
sentimentalisme
sentimentalité
sentine
sentinelle

seoir
sep
sep
sépale
sépaloïde
separable
séparable
séparage
séparant
separation
séparation




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)

...la vie, - s'envoleraient ainsi loin d'elle. Quand nous revînmes, la nuit tombait tout à fait. -je n'avais pas prévu cette nuit, ni l'impression sinistre que me causait son approche. Je commençais à sentir aussi l'engourdissement et la soif ardente de la fièvre ; -les impressions si vives de cette journée l'avaient déterminée sans doute, en même temps qu'un grand excès de fatigue. Nous nous assîmes...


Citation n°2 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)

...ce que je trouvais de suppliant et de passionné à lui dire, - souriait de son même sourire de sombre insouciance, de doute et d'ironie... y a-t-il une souffrance comparable à celle-là : .. aimer, et sentir qu'on ne vous écoute plus ? -que ce coeur qui vous appartenait se ferme, quoi que vous fassiez ? -que le côté sombre et inexplicable de sa nature reprend sur lui sa force et ses droits ? ... et...


Citation n°3 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)

...celle-là même qui va mourir ne croit plus à rien de ce qui sauve et fait revivre... si cette âme était tout à fait mauvaise et perdue, -on en ferait le sacrifice comme d'une chose impure... mais, sentir qu'elle souffre, savoir qu'elle a été douce, aimante, et pure ! ... -c'est comme un voile de ténèbres qui l'enveloppe, -une mort anticipée qui l'étreint et qui la glace. Peut-être ne serait-il pas...


Citation n°4 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...? ... ce vent, cette pluie froide d'hiver et cette tombée sinistre de la nuit, -pour ceux qui ont un logis, un foyer, tout cela ajoute à la joie qu'on a de rentrer. à eux, cela leur faisait bien sentir le besoin de se mettre à l'abri, d'aller se réchauffer quelque part ; mais ils étaient sans gîte, ces pauvres exilés qui revenaient... d'abord ils errèrent, se tenant les uns les autres par le bras,...


Citation n°5 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...de la mer sont autour de nous, et nous en avons le sentiment sans les voir. Il semble que nous traînions avec nous de longs voiles de ténèbres ; on voudrait les percer, on est comme oppressé de se sentir depuis tant d'heures enfermé là-dessous, et on songe que ce rideau est immense, infini, qu'on pourrait faire des lieues et des lieues sans vue, dans le même gris blafard, dans la même atmosphère...


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